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Haute Savoie

ces questions qui demeurent autour des munitions immergées dans le lac Léman


Des caisses de munitions ont été découvertes l’an passé, gisant à quelques dizaines de mètres de profondeur dans le lac Léman. Des scientifiques s’inquiètent des risques de pollution. Une nouvelle plongée était organisée ce week-end pour réaliser des prélèvements.

Que faire des obus et munitions qui dorment au fond du Léman ? La question revient dans le débat public en Suisse, un an après la découverte de quatre caisses posées au fond de la partie genevoise du lac. C’est l’organisation Odysseus 3.1 qui les avait mises au jour et qui, samedi 7 et dimanche 8 novembre, est retournée sur les lieux pour explorer d’autres zones.

« Personne ne sait ni où, ni comment, ni quand ces caisses de munitions ont été jetées », selon le président d’Odysseus 3.1, Lionel Rard. La présence de munitions au fond du Léman était connue des autorités, mais l’organisation environnementale a révélé que certaines n’étaient pas recouvertes d’une couche de sédiment, contrairement à ce qu’affirmaient les autorités.

Avec cette découverte, c’est toute l’histoire des années d’après-guerre qui ressurgit. Et surtout la question de la pollution ou des risques que font courir ces caisses. Elles se trouvent à moins de 150 mètres du principal point de captage d’eau potable de Genève et à proximité d’un gazoduc.

Le fait que ces caisses ne soient pas dans du sédiment « change énormément leur dangerosité. Dans les munitions, il peut y avoir arsenic, cyanure, produits cancérigènes associé à des explosifs. Et on n’a pas envie d’avoir ça dans l’eau potable ou pour la faune aquatique », indiquait Stéphanie Girardclos, grande spécialiste du lac Léman à la RTS il y a près d’un an.

 

Genève : ces questions qui demeurent autour des munitions immergées dans le lac Léman

 

Immergées par une entreprise privée

Surtout, la quantité de munitions immergées demeure incertaine, de même que leur type ou encore les lieux. Aucun listing, aucun document écrit ne précise ces informations. Les chercheurs de l’université de Genève qui ont embarqué sur l’Arioste avec des membres d’Odysseus 3.1 se veulent avant tout explorateurs.

« La seule chose qu’on a, c’est des témoignages de personnes qui racontent qu’il y avait à peu près une fois par mois ou tous les deux mois un bateau qui allait au large et qui déversait des munitions par-dessus bord. On sait aussi que c’était une entreprise privée qui se débarrassait des munitions », poursuit Stéphanie Girardclos, docteure en sciences de la Terre et sciences de l’environnement à l’université de Genève.

 

Des témoins racontent avoir vu régulièrement des entreprises décharger des munitions dans le lac.

Des témoins racontent avoir vu régulièrement des entreprises décharger des munitions dans le lac.

© Odysseus 3.1

Cette problématique des munitions enfouies sous les eaux n’est pas propre à la Suisse. De nombreux pays européens ont fait ce choix voilà une cinquantaine d’années. « Avec l’effort de guerre de la Seconde guerre mondiale, il y a énormément d’armement qui a été produit. Et quand elle s’est terminée, tous les pays ont eu le même réflexe de se dire que les mettre sous l’eau, c’était une bonne solution », ajoute Mme Girardclos.

A une quarantaine de mètres de profondeur sous les eaux du Léman, les plongeurs ont retrouvé les caisses éventrées exactement là où ils les avaient laissé il y a un peu plus un an. En explorant les alentours, d’autres ont été découvertes. « Il y a un protocole scientifique établi par l’université de Genève qui consiste à effectuer plusieurs carottages à des distances différentes sur les caisses pour mesurer une pollution qui pourrait survenir si ces munitions sont oxydées et qu’elles libèrent leurs produits toxiques », explique Lionel Rard, le président d’Odysseus 3.1 qui a plongé ce week-end.

 

Une étude lancée

Des planches ont été récupérées sur les caisses puis analysées dans un laboratoire installé flottant. « On va analyser la chair des moules et divers échantillons au travers de la carotte avec un appareil qui s’appelle l’ICPMS. On obtiendra les teneurs de plomb, de mercure, etc. », détaille Gaétan Sauter, étudiant en sciences de la Terre à l’université de Genève.

Quand ces caisses ont été découvertes, Odysseus 3.1 avait demandé des actions au canton de Genève pour que les munitions soient analysées. La députée socialiste Salima Moyard s’était déjà inquiétée du problème en 2017. Le Conseil d’Etat lui avait alors répondu qu’il n’y avait aucun danger puisque les obus étaient profondément enfouis dans la vase. « Ou bien ils ont menti ou bien ils ont mal instruit l’affaire. Dans tous les cas, c’est un vrai problème », déclarait-elle l’an passé, lorsque le problème a ressurgi.

 

Toutes ces questions préoccupent la classe politique et surtout les scientifiques. Le président d’honneur d’Odysseus 3.1, Yves Paccalet, habitué des explorations incroyables sur toute la planète, s’interroge sur les suites à donner. « Le premier réflexe, c’est de se dire qu’on va dépolluer. D’accord, mais c’est-à-dire ? On va prendre une pelle mécanique, on va enlever et on va repêcher les caisses de munitions. Mais on les met où ? », demande-t-il.

Certains scientifiques n’hésitent pas à parler d’un crime environnemental. Pour répondre aux inquiétudes, le canton de Genève a annoncé, en mars, lancer une étude sur ces munitions immergées. Si le cas du Léman est emblématique, le problème est largement répandu. L’armée suisse s’est ainsi débarrassée d’environ 8 000 tonnes de munitions. Mais il est impossible de connaître les quantités immergées par les entreprises privées, selon la RTS, certaines ayant continué à jeter à l’eau des bombes après l’interdiction de cette pratique par les autorités.

 





Source France 3

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