royalparcevian.com
Image default
Haute Savoie

Olga Chappaz, la doyenne des monitrices de ski fête ses 100 ans


Olga Chappaz compte parmi les mémoires du ski français. Membre de l’équipe de France à la fin des années 40, elle a côtoyé les grands noms de la montagne et participé à l’essor du tourisme alpin. Cent ans d’une vie en altitude.

Elle aborde ce nouveau siècle « tout doucement ». Cadette d’une famille de huit enfants, Olga Chappaz est la quatrième de la fratrie à devenir centenaire : « C’est mon tour ! » se réjouit la grand-mère, manifestement habituée à cette longévité héréditaire.

Héritière d’une longue tradition montagnarde par sa mère Marie Simond et l’esprit d’entreprise de son père suisse Fritz Wenger, Olga naît le 22 avril 1922. La vallée de Chamonix est leur domaine.

Leur hôtel, les Gaillands, situé aux pieds des pentes escarpées menant aux cimes du Mont Blanc, fait alors figure de pionnier dans la conquête touristique de la montagne. Fritz Wenger, le père d’Olga, a compris que le manteau neigeux des Alpes pourrait bien faire la richesse de ces villages jusqu’à présent enclavés.

Le ski en est à l’époque à ses débuts. Alfred Couttet-Champion, premier champion de France civil de ski, a ouvert la voie et publie en 1932 son Petit manuel pratique de la discipline.

C’est à la même période qu’il repère Olga, âgée d’une dizaine d’années. La petite remporte sa première course et le champion lui offre en récompense ses premiers skis. Un équipement rudimentaire, qu’on ne chausserait plus aujourd’hui… même pour tout l’or du monde. Les deux planches profilées, taillées dans le frêne, sont réhaussées de petites attaches en métal. Et les chaussures montantes, essentielles à la précision et à la bonne tenue de la cheville, ne sont pas encore répandues.

Mais, comme le reste de sa famille, Olga a les yeux rivés sur la montagne et souhaite en faire sa vie. Née dans la poudreuse, elle reçoit la médaille de monitrice et trace son sillon dans le ski français au point d’attirer l’attention des plus grands. Émile Allais, déjà entré dans la légende, et James Couttet, qui fonde tous les espoirs de la France pour les JO d’hiver de 1948 à Saint-Moritz (Suisse), poussent Olga Chappaz à se consacrer à la compétition.

Mais l’entrée en équipe de France est à cette époque conditionnée à une règle stricte : seuls les amateurs peuvent courir sous le drapeau bleu-blanc-rouge. Or, Olga, alors monitrice de ski, est considérée comme professionnelle. Elle doit donc abandonner le monitorat pour rejoindre les Bleus sur les pistes en 1948.

Quatre années et quelques médailles plus tard, Olga revient à sa passion de l’enseignement. Mais, dans ce métier extrêmement masculin, son genre fait obstacle à ses ambitions : l’école de Chamonix lui barre la route au point que la fille de la vallée doit gagner l’Alpe d’Huez en Isère puis le Club Med de Leysin en Suisse, pour gravir les échelons. Première femme à devenir cheffe de centre, elle a sous sa direction 25 moniteurs et plusieurs centaines d’élèves.

Olga s’engage également au sein de la commission « enfants » du syndicat national des moniteurs de ski. Elle suggère la création du Flocon, une médaille à la portée des plus jeunes, encore trop inexpérimentés pour décrocher leur première étoile.

Cette vie bien remplie la tient souvent éloignée de la famille qu’elle a bâti avec Gilbert Chappaz, dont elle prend le nom. Elle partage avec lui ses envies d’altitude. Gilbert – tour à tour guide, sauveteur et directeur d’école de ski – s’engage dans le rayonnement du ski français.

Deux enfants naissent de cette union, deux jumeaux, deux futurs passionnés de montagne. Xavier sera guide et Gilles, journaliste, auteur et réalisateur.

« L’une des grandes œuvres de ma mère, c’est d’avoir préservé les terres familiales », précise Gilles Chappaz, qui a consacré toute sa carrière aux sports de montagne. « Elle y a fait construire des chalets. »

Le journaliste voit dans cette lignée un condensé de cette longue histoire du tourisme alpin, « de ses débuts, avant que certaines pratiques contestables ne s’installent ».

Retraitée depuis fort longtemps, Olga Chappaz a skié pour la dernière fois à l’âge de 95 ans. Ce n’est d’ailleurs pas la forme qui lui manque, mais la peur d’une collision avec un autre skieur la tient éloignée des pistes.

Tire-t-elle sa longévité de ses balades montagnardes ou de ses deux longueurs de piscine quotidiennes ? Ou de sa proximité avec les neiges éternelles ?

Elle prévoit de fêter ses cent ans, ce dimanche, et prononcera un « discours du siècle » à Chamonix, au pied du Mont-Blanc : « J’ai de grands mercis à faire », explique-t-elle. Elle a prévu de conclure sa prise de parole par un « Vive nous ! »

Et vive Olga !





Source France 3

Related posts

« On a l’impression d’être mené en bateau », la colère des 112 stations de ski Savoie Mont-Blanc

adrien

quatre membres du GMHM ouvrent une voie dans la face ouest des Drus, « paroi mythique » des Alpes

adrien

Coronavirus et vacances : dans les Alpes, les stations de montagne misent tout sur la saison estivale 

adrien