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Haute Savoie

pour les skieurs, la difficulté à renoncer face à la neige abondante



Depuis quelques jours dans le massif du Mont-Blanc, plusieurs avalanches mortelles ont endeuillé le milieu montagnard. En ce mois de mai 2021, très meurtrier dans les Alpes, plusieurs facteurs ont provoqué une série d’accidents en haute altitude. Décryptage avec plusieurs spécialistes. 

Ce sont des images de joie, qui se sont vite teintées d’un voile de tristesse. Mercredi 19 mai, jour de déconfinement en France, le télécabine de l’Aiguille du Midi ouvre pour la première fois depuis sept mois. Plusieurs dizaines de skieurs et alpinistes se ruent dans la remontée mécanique pour profiter de la neige tombée en abondance en haute montagne depuis plusieurs semaines.

Sur la terrasse de l’Aiguille du Midi, à 3800 mètres, le guide chamoniard Eric Bellin oscille alors entre deux sentiments au micro de France 3 Alpes. « Ils sont furieux là, ils sont dans les starting-blocks. Il faut gérer un petit peu le truc parce qu’il y a quand même beaucoup de neige et il faut purger. Le problème, c’est un peu l’émulation, ils sont beaucoup, mais il y a des très bons là, des très costauds, des très bons skieurs, normalement ils savent un peu ce qu’ils font ». 

Dans les heures suivantes, deux avalanches distinctes fauchent mortellement deux personnes dans le secteur. C’est tout d’abord un skieur de 23 ans, qui s’est fait emporter sur 500 mètres par une plaque dans le couloir des Cosmiques à 10h35. Puis, deux heures plus tard, c’est une figure connue et respectée de Chamonix, l’ancien membre du PGHM Alain Iglesis, qui a été surpris par une avalanche sur l’arête des Cosmiques. Le lendemain, jeudi 20 mai, ce sont cette fois deux skieurs italiens de 32 et 50 ans qui sont tués par le décrochage d’une plage de neige alors qu’ils gravissaient le col de l’Aiguille Verte. 

 

« Les gens se disent qu’ils ont la possiblité de skier une dernière fois »

Pour Johan Gaume, ex-snowboardeur professionnel et chercheur spécialiste des avalanches à l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), le bilan humain de cet hiver 2021 est catastrophique. « Fin avril et début mai, on avait déjà eu 12 morts en 10 jours dans les Alpes. C’est presque la moitié du nombre de victimes sur une saison entière en temps normal », pointe-t-il. Sur les hivers 2018-2019 et 2019-2020, deux années peu mortelles en raison du confinement et de l’état du manteau neigeux, il y avait en effet eu respectivement 12 et 13 victimes. En cette fin mai 2021, le compteur affiche 39 morts au 21 mai dans des avalanches en France…

« C’est vraiment une année dramatique. Une année normale, c’est en moyenne autour de 30 morts », précise Frédéric Jarry, chargé de mission à l’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (Anena). « Avoir des avalanches en mai, ce n’est pas rare. Par contre, c’est presque du jamais vu d’en observer dans ces proportions. C’est à cause de cette succession de chutes de neige et de périodes avec du beau temps », ajoute Frédéric Jarry. Selon les données de l’Anena, ces dix dernières années, il y a eu en moyenne un décès mortel à cause des avalanches au mois de mai. En 2021, l’association recence déjà 16 décès. 

 

« Avec ce confinement qui se termine, on a un appétit de grand air »

Les conditions climatiques de ces dernières semaines, avec des grosses chutes de neige en altitude mêlées à du vent, tendent un piège à des riders qui rêvent de poudreuse après des mois de confinement. « En ce moment, les seuls endroits où il y a des bonnes conditions, c’est en haute montagne. C’est la fin de saison et certaines personnes se disent qu’ils ont la possibilité de skier encore une fois, donc ils y vont malheureusement parfois sans tenir compte des multiples recommandations à la prudence », ajoute Johan Gaume. 

Un avis que partage Blaise Agresti, ancien commandant du PGHM de Chamonix, qui s’est exprimé sur le sujet dans le 19/20 de France 3 Alpes du 20 mai. « Avec ce confinement qui se termine, on a un appétit de grand air et de respiration et là-haut on peut avoir la tentation de ne pas renoncer alors que les conditions ne sont pas excellentes ». 

En Savoie aussi, les conditions sont mauvaises. Les gendarmes du PGHM de Bourg-Saint-Maurice sont en première ligne sur le terrain. Leur constat est clair : le manteau neigeux est très instable en haute montagne et en cette fin de saison les skieurs ont moins d’outils pour lire les dangers. « C’est vrai que les conditions sont assez particulières, très piégeuses, et puis il n’y a plus de BRA (le bulletin d’estimation des risques d’avalanche en montagne). En Savoie, c’est assez calme ces jours-ci avec le mauvais temps, mais sur Chamonix on a vu des mecs faire de ces trucs… », soupire au téléphone un membre du peloton du PGHM. 

 

Savoir rester à la maison

Dans les locaux de la Chamoniarde, l’association de prévention et de secours en montagne de Chamonix, la présidente Océane Vibert nous avouait, jeudi 20 mai en matinée, craindre les prochains jours, quand le soleil brillera à nouveau après les chutes de neige attendues sur les sommets. Quelques heures après cet échange, les deux skieurs italiens étaient pris dans une avalanche meurtrière à proximité du col de l’Aiguille Verte. « Cela nous a surpris de voir cette folie à la réouverture de l’Aiguille du Midi mercredi. Cela faisait des mois que personne n’avait mis les pieds là-haut. On était un peu démunis. Le bilan est dramatique dans les Alpes ces trois dernières semaines. On est en pleine période de crue avalancheuse, il faut savoir renoncer », s’alarme Océane Vibert. 

Sur les bords du lac Léman, Johan Gaume voit au loin la neige briller sur les pics acérés des massifs haut-savoyards. Ce rider expérimenté ne veut jeter la pierre à personne, mais tient à avertir les skieurs des risques énormes qui les attendent en altitude. « Je me permet de dire qu’il faut savoir rester à la maison actuellement avec ces conditions critiques, ou alors choisir un terrain non exposé pour les plus expérimentés. Je suis moi-même un passionné et les conditions de neige en altitude me font très envie, mais je suis resté chez moi. Il y aura d’autres belles journées de poudreuse dans le futur », conclut-il.





Source France 3

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