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Haute Savoie

REPORTAGE. Déconfinement. Les skieurs haut-savoyards retrouvent le Mont-Blanc : “on en a rêvé de la montagne”


Il est des matinées magiques, qui illuminent votre déconfinement. Celle du samedi 16 mai en fait assurément partie.

Et pourtant, à l’heure où nous partons, rien ne laisse présager une journée exceptionnelle. Qu’il est difficile, le réveil à 4 heures du matin. Et le trajet en voiture, sous la pluie et la grisaille, qui n’annonçe rien de bon. Notre reportage aurait pu être annulé en cas de très mauvais temps, et personne ne nous a appelé, alors nous sommes confiantes. Avec un peu de chance, les nuages s’éparpilleront… à un moment. 

Arrivées à Chamonix, nous apercevons un groupe de skieurs déjà bien fourni devant la gare. Explosion de couleurs et de sourires, tout le monde est chaud, impatient. D’après les agents de la Compagnie du Mont-Blanc qui nous accueillent, ce sont des visages familiers, des « riders » de Chamonix. Et même quelques pointures.

Des champions sur les starting-blocks

Le jeune Léo Slemett, champion du monde de freeride (il a remporté le Free Ride Tour en 2017), a passé deux mois sans chausser les skis. La saison s’est arrêtée brutalement et plus rien n’est prévu avant le Japon en janvier. Le Chamoniard s’est entraîné physiquement, mais à part cela il a respecté les restrictions pendant le confinement. Alors il lui tarde de retrouver les vraies bonnes sensations. 

A ses côtés, Vivian Bruchez, considéré comme l’un des plus grands skieurs de pente raide de sa génération. Natif de Chamonix, il a accompagné Kilian Jornet au Denali, sur l’Aconcagua, sur l’Elbrouz… Il est également guide de Haute Montagne, membre de la Compagnie des Guides de Chamonix. « On en a rêvé de la montagne, confie-t-il. Car tous ici l’on convoité durant des semaines, ce Mont-Blanc, depuis la vallée. 

« Le programme, du ski et de l’alipinisme, on va essayer de grimper un peu », explique-t-il, « surtout on va voir comment la montagne a évolué, c’est ça qu’on va chercher aujourd’hui ». Comme beaucoup, il porte un baudrier à la taille. Certains ont aussi leur équipement de parapentiste. Pas vraiment des skieurs lambda. Des garçons et des filles de la montagne, qui connaissent le Mont-Blanc par coeur. 

Ils le disent à demi-mot, c’est sans doute la première fois qu’ils vont en profiter de cette façon, sans touristes. Avec la limitation des déplacements à 100 kilomètres, ce matin il n’y a que des locaux, forcément. 

Dans quelques minutes, le téléphérique de l’Aiguille du Midi va rouvrir ses portes, et la première benne va s’élancer dans le brouillard. 
 

Un protocole sanitaire sur le modèle asiatique

Mais avant cela, les skieurs doivent se plier à des contrôles sanitaires très stricts : prise de température via des caméras, port du masque obligatoire. Le système est bien huilé. Tout roule, sans file d’attente. Dans la benne, les passagers sont moins nombreux qu’à l’ordinaire, 30 au lieu de 80. Des marquages au sol permettent aussi d’éviter les contacts.
 
Pour avoir l’autorisation de rouvrir, les membres de la Compagnie du Mont-Blanc ont travaillé dur. La Préfecture de Haute-Savoie a validé un protocole « optimal », sur « le modèle asiatique » nous explique Mathieu Dechavanne, le PDG, qui ne cache pas sa joie. « Là on ne voit pas les coulisses, il y a la désinfection des établissements, la cantine pour le personnel à 3800 mètres d’altitude, c’est compliqué », explique-t-il. « Mais il fallait avant tout la confiance de nos employés, et puis que le client joue le jeu, ce qui est le cas ». 
 

Pour cette première phase de déconfinement, la capacité des bennes du téléphérique de l'Aiguille du Midi sont réduites de moitié / © Céline Aubert / France 3 Alpes
Pour cette première phase de déconfinement, la capacité des bennes du téléphérique de l’Aiguille du Midi sont réduites de moitié / © Céline Aubert / France 3 Alpes

 

La récompense, à 3842 mètres d’altitude

Arrivés au second tronçon après le Plan de l’Aiguille, une surprise nous attend. Nous avons percé la mer de nuage, et le soleil est là, éclatant, inespéré. Nous sortons de la benne, émerveillés, comme si nous voyions le massif du Mont-Blanc pour la première fois. Les skieurs s’arrêtent sur la passerelle du Piton Nord pour prendre des photos. 

Nous croisons deux Chamoniardes qui n’en reviennent pas. « On n’arrêtait pas de regarder les webcams, mais c’était tout gris, on ne pensait pas trouver si beau temps », confie l’une d’elles. Quelques mètres plus loin, un panoramique époustouflant. Tout en bas, la vallée de Chamonix se devine, nappée d’une crème blanche. 

Deux riders s’apprêtent à descendre. « C’est vrai on a les jambes qui frétillent après deux mois tranquilles à la maison, mais on va y aller doucement, pas la peine de s’exciter », nous glisse l’un des deux. « La nature est toujours là, elle nous survivra. Il faut se souvenir de ce qui est arrivé, et qui pourrait arriver de plus en plus souvent. Il faut rester humble ». Puis il lance à son ami : « bon, on se fait les Cosmiques ? ». L’instant d’après ils sont partis. 
 

Nous assistons à de belles descentes. En crampons et encordés pour la plupart, ou directement en skis. Sur l’autre versant, le Mont Blanc se cache encore. Il nous faudra attendre pour l’apercevoir. Mais quel cadeau ! Notre patience est récompensée en fin de matinée. Selfie obligatoire. 
 

Le Mont Blanc se dévoile aux skieurs qui en étaient privés durant les deux mois de confinement. / © Céline Aubert / France 3 Alpes
Le Mont Blanc se dévoile aux skieurs qui en étaient privés durant les deux mois de confinement. / © Céline Aubert / France 3 Alpes

Un peu plus tard sur son compte Facebook, Vivian Bruchez a posté une vidéo bluffante de sa journée de glisse avec Léo Slemett. Ciel azur et neige fraîche. Quatre mètres sont tombés ces derniers jours, durant les Saints de Glace. De la bonne glisse, et quelques bémols que le skieur détaille.  

« Pour la vallée blanche, les conditions sont bonnes sur le haut jusqu’à 3000m d’altitude, ensuite, neige croutée, changeante, molle », précise-t-il. « Ca déchausse à la bifurcation du glacier de Leschaux ou ça glisse sur la glace… Prévoir 1h de marche pour rejoindre le Montenvers ».
 

Pour le moment il s’agit d’une reprise en douceur. Le téléphérique de l’Aiguille du Midi sera ouvert les week-ends seulement (et les week-ends prolongés), histoire de se roder d’ici le mois de juin et l’été. Quelques semaines de pur bonheur pour les skieurs haut-savoyards. 

Le petit train du Montenvers a lui-aussi repris du service.
 



Source France 3

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